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QUESTIONS d'ACTUART

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 07:27

tayou casserolesSuscitée par la dernière chronique de Nicole Esterolle (chronique contradictoire puisque ses premières lignes résument parfaitement le fonctionnement de l'art contemporain alors que le reste de l'article n'est que du superflu), la réflexion que nous vous proposons aujourd'hui est un corolaire de nos questionnements sur le discours DE l'art et le discours SUR l'art aujourd'hui.

En enquêtant sur ces quelques incidents qui ont fait récemment la une des faits divers dans les journaux télévisés et médias papier, nous n'avons pas trouvé de commentaire se revendiquant de la critique d'art qui ait réagi à ces "attentats", que ce soit la dégradation de "Immersion (Piss Christ)" à Avignon ou la casse de la "Colonne Pascale" à Lyon. Accuser les journalistes de ne pas avoir dévoilé les rouages du système artistique c'est confondre deux métiers à part: le rôle d'un journaliste de faits divers est, déontologiquement parlant, de faire un constat à partir de faits avérés. Aux lecteurs de se poser les questions.

Aucune réaction donc peut-être parce que la critique d'art, sauf Nicole Esterolle à l'évidence, a finalement compris qu'aujourd'hui parler d'art contemporain, en bien ou en mal, c'est accepter, malgré soi, de jouer le jeu. Car l'art contemporain active cette espèce de "contamination" conceptuelle inéluctable: TOUT fait partie de l'oeuvre, que ce soit l'entité donnée à voir, le spectateur, le lieu, le contexte historique, le code, l'interprétation du message, les admirateurs, les détracteurs et les critiques, la destruction même de l'art...

Nicole Esterolle elle-même et sa colère font aussi partie de l'oeuvre de Pascale Mathine Tayou et de l'art contemporain. Les auteurs des dégradations des oeuvres, plus ils sont véhéments et plus ils participent de l'art contemporain, car cet art n'existerait pas sans la publicité et  bien sûr sans l'institution qui le consacre, lui et son auteur. Imaginons un seul instant que le Christ de Serrano s'appelait "Immersion (Honney* Christ)" et que l'artiste ait expliqué qu'il avait immergé le crucifix dans du miel... Est-ce qu'on aurait autant parlé de lui?  Il est certain que non. Ce qui prouve que ce n'est pas l'oeuvre en tant que telle dans sa plasticité qui existe vraiment, mais le discours qui tourne autour. Moins il y a à voir, plus il y a à dire.

L'oeuvre d'art contemporain, qu'elle soit tangible ou intangible, matérielle ou conceptuelle, récupère tout ce qui lui donne une existence, un sens, une vie, elle fagocite tout ce qu'elle touche. Pas de recul, ni de jugement possible, le tourbillon engloutit tout sur son passage. On comprend alors le désarroi avec lequel les critiques d'art dépourvus de critières analytiques ont, depuis plusieurs années, baissé les bras, en devenant une sorte de promoteurs qui peuvent dire tout en n'importe quoi sur n'importe qui et n'importe quoi.

La "dé-définition"** progressive de l'art depuis les années '60, la transgression permanente non seulement des codes esthétiques, comme l'art moderne nous avait habitués, mais surtout la transgression de la limite entre art et non-art, la récupération inévitable par l'institution de cet art transgressif devenu "officiel" pourtant rebelle, l'expansion continue de la sphère artistique, l'hybridation des pratiques et l'expérimentation des nouveaux médiums et des nouvelles technologies, ne laissent que les ruines de l'imposant et glorieux édifice des Beaux-Arts fondé au 17e siècle. Ce dernier a été remplacé aujourd'hui par des Centres d'Art, des Fonds Nationaux et Régionaux, un Ministère de la Culture, qui décident, à travers leurs acquisitions, de la sphère de l'art actuel, dans une logique que nous définirons comme logique d'échantillonnage et qui ont une vision historique et évolutive de l'art, en recherchant le nouveau et en ignorant l'opinion publique, qui elle est précisément contemporaine. C'est pour telle raison que l'art contemporain ne saurait en aucun cas se confondre avec la production des artistes vivants, dont une grande partie restent attachés aux codes plastiques de l'art moderne.

Marc Jimenez définit l'art contemporain comme une résultante du contexte philosophique, de l'intention artistique et la reconnaissance par ses paires et par l'institution. En quête d'une nouvelle cohérence et un nouveau système artistique, l'art contemporain s'est donné une fonction épistémologique (de connaissance, d'intélligible) et non plus esthétique (du sensible), pour donner à voir le monde autrement, en faisant tomber tous les tabous possibles et inimaginables, en trasfigurant l'imagerie collective au risque de choquer jusqu'au dégoût.

Si l'acceptation de cet art évolutif est loin de faire l'unanimité, si le monde de l'art aujourd'hui se divise en deux strates qui refusent avec acharnement de se mélanger et qui se détestent à mort, c'est parce qu'aujourd'hui l'art contemporain donne l'impression d'absorber tous les fonds publics destinés à la culture (par exemple la Biennale de Lyon à plusieurs millions d'euros, seul méga-évènement artistique à Lyon aujourd'hui, plus d'infos ici). La pomme de la discorde - l'argent public - n'est pas prêt à quitter les comptes des acteurs de l'art contemporain tant qu'il y aura un Ministère de la Culture.

Alors les détracteurs de l'art contemporain feraient peut-être mieux de l'ignorer et de proposer un art d'aujourd'hui et une critique d'art digne de ce nom. Nicole Esterolle, vous vous faites piéger sans même vous rendre compte...

La "logique culturelle", à laquelle obéit aujourd'hui l'art contemporain, résulte de la combinaison des nouvelles techniques, des médias et du marché de masse. [...] Si la crise de l'art contemporain est avant tout une crise du discours supposé, en principe, le prendre en charge, il revient à l'esthétique et à la philosophie de pallier cette faillite. [...] Rien ne fut plus préjudiciable à la réflexion esthétique récente que ce discrédit jeté sur la pensée et sur le concept dans leur tentative de comprendre et d'interpréter les oeuvres afin de saisir ce qu'elles suscitent comme expérience mais aussi comme méditation."***   
 

1509569_3_58e4_l-uvre-de-l-artiste-americain-andres-serrano.jpg 
http://www.pascalemarthinetayou.com/

Sur Piss Christ - Wikipédia article très récent

LE MONDE, Piss Christ : "Nous recevons des menaces de mort" - lisez aussi les commentaires!

 

______________
* Honney = miel en anglais

** Harold Rosenberg (1907-1978)
*** M. Jimenez (2009)

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commentaires

U


Enfin, cessez donc d'être pleutre, ayez au moins le courage de signer vos articles, les critiques et les artistes que vous insultez et fustigez ne se cachent pas derrière le masque confortable de
l'anonymat.



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U


Vous êtes un rigolo, amateur qui ne supporte pas la contradiction et le démontage de ses impostures (auquel j'avais attaché pourtant grand soin dans le post que vous avez effacé, car vous
confondez herméneutique et critique, critique d'art (lequel doit être analytique en bon professionnel) et spectateur (que j'invite à jouir dans mon texte)). Ayez au moins l'honnêteté
intellectuelle de corriger cette ignoble erreur qui voudrait que les Beaux-arts soient apparus au 17ème et non au 19ème siècle. Je vous le répète au cas où vous seriez dur de la feuille :
l'Académie de Sculpture et de Peinture a été fondée en 1648, l'Académie de France à Rome en 1666, les Beaux-arts, c'est pour le 19ème.



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U


Tenez, ma réponse a disparu...



Répondre
U


Je ne pense pas que la critique d'art peine à trouver des critères aujourd'hui, elle se sert toujours de critères historiques (et pas nécessairement modernes !), d'instruments qui n'appartiennent
à aucune "famille" ou époque, simplement, elle les adapte à son sujet (couleur/matière/texture/forme/contexte/position du spectateur/éléments biographiques, etc). Le critique d'art a pour
principale tâche d'analyser un travail en prenant compte d'un maximum de paramètres afin d'en souligner les enjeux et l'intérêt. A mes yeux, la critique évaluative, c'est un truc de curés. Il n'y
a pas besoin de connaître une oeuvre, un geste, une personne ou une situation pour y attacher de considérations morales, cette morale qui asphyxie toute possibilité critique puisqu'elle fait
appel à l'affect plus qu'à la raison. Détacher la critique d'art de la critique littéraire, de la critique sociale, de la critique analytique marxiste, c'est commettre une erreur en mon sens :
elles partagent toutes une volonté analytique méticuleuse, et évitent soigneusement de prêcher pour telle ou telle paroisse.


Qu'il y ait plus de publicitaires et chargés de com' que de critiques à l'heure actuelle est une certitude. Maintenant, disqualifier le travail critique ("digne de ce nom") au prétexte que son
sujet d'analyse est ressenti bon ou mauvais me semble quelque peu absurde. Le boulot du critique, ce n'est pas de juger, mais de tenter de comprendre un fonctionnement, un discour, une
préoccupation. Tout le monde a un jugement et dans le fond, ce que chaque ego pense de telle ou telle chose, tout le monde s'en fout.


Enfin, une dernière réaction à votre article. Vous dites que l'oeuvre contemporaine récupère tout ce qui lui donne une existence, et je vous suis à 100% c'est comme vous le dites, de manière très
caricaturale, une oeuvre de nature épistémologique. Néanmoins, séparer de manière aussi manichéenne deux strates (Deleuze traîne dans votre lexique), l'une "pour le Beau" et l'autre "pour l'Idée"
me paraît très faible...Comment pourrais-je prendre un plaisir équivalent à contempler un Bosch et un aquarium de Roman Kirschner ? Comment pourrais-je aimer les installations de Thierry de Mey ?
Je crois au contraire que vous participez de ce discours très contemporain qui voudrait tout séparer en deux familles, les blancs et les noirs, les esthètes et les intellos...Vous donnez du
crédit à ceux que vous identifiez comme vos adversaires, vous leur faites une place en délimitant clairement la vôtre, vous validez la raison d'être et de vôtre et de leur fond de commerce, et
sans doute déjeunez-vous à la même table dominicale en vous tapant fort sur le ventre...


Laissez les amateurs d'art tranquilles, arrêtez de faire croire qu'il n'y a d'autre alternative possible dans le goût, aujourd'hui, que le concept  (édifiant et altier) ou le beau (mâle et
instinctif). Moi je dirais plutôt : jouissez sans entraves, avec vos sens, avec votre cervelle , vos impressions et vos idées, faites-vous un point de vue critique, peu importe la chapelle,
recherchez l'expérience de l'art loin de tous ces vieux blazés du milieu de l'art qui, d'une maison ou d'une autre, noient leurs frustrations dans la destruction de la jouissance des autres ! Car
que ce soit vous ou Nicole Esterolle, on voit très bien que vous connaissez suffisamment la famille pour ne pas avoir dîner avec elle pendant des années...Le vote utile, laissez ça aux imbéciles
!



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A


Je pense que vous confondez profondément critique et herméneutique. Et si vous vous voyez du Deleuze qui traîne dans notre discours, nous nous percevons Kant dans le votre. L'autonomie du
jugement de goût n'a jamais fait de mal à personne, c'est en effet là le futur pouvoir du regard anonyme du plus grand nombre. Par contre ce principe ne fait pas partie de la construction du
critique d'art.


Le principe de l'herméneutique (ars interpretandi) est l'argumentation sur la base de l'observation et de la lecture des textes (ekphrasis). L'herméneute doit être
suffisamment habile pour persuader, ou comme vous l'écrivez "afin d'en souligner les enjeux et l'intérêt", par une rhétorique bien mise au point, de son interprétation plutôt personnelle des
signes. Elle est plus du domaine de la morale, de la subjectivité, de l'affect.


La critique par contre fait un choix bien délimité, propose une vision, construit un univers esthétique, plutôt que de créer le débat. L'étymologie du mot, krinein "juger" qui donne
kritikos "capable de juger, de décider", a donné aussi les mots crise et critère. Le critique est aussi un spécialiste qui porte souvent un regard méta-artistique, sur le
monde de l'art et ses implications sociétales, en dehors de l'objet d'art lui-même.


En fin de compte votre discours est éminamment contradictoire, un coup pour l'analyse objective et raisonnable et contre toute morale, un coup pour le libre ressenti, le plaisir
individuel. Vous êtes plutôt un idéaliste qui pense qu'aujourd'hui nous pouvons jouir librement...