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QUESTIONS d'ACTUART

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 09:11

La lettre hebdomadaire de Jean-Luc Chalumeau 

fiac2012
© PARIENTE JEAN-PHILIPPE/SIPA

Jeudi 18 octobre : j'observe la longue file de gens qui attendent à la caisse de la FIAC, et je constate avec étonnement qu'ils vont devoir payer 35 euros. Ce prix dissuasif pourrait bien signifier que les organisateurs ne tiennent pas tellement à ce que les petites gens viennent encombrer les allées où l'on se montre entre VIP et où l'on fait des affaires. Mais alors, pourquoi ces personnes non désirées tiennent-elles tant à pénétrer tout de même dans le gigantesque espace magique du Grand Palais ?

C'est qu'il y a en effet, un spectacle qui à leurs yeux en vaut la peine : celui des grands marchands du monde entier qui sont là, sourires éclatants, entourés de petits groupes compacts au sein desquels on reconnaît des artistes connus et toutes sortes de gens plus ou moins notoires, évidemment collectionneurs. Une collection d'art moderne et/ou contemporain n'est-elle pas aujourd'hui l'alpha et l'oméga de la conquête de la considération sociale ? Et n'est-il pas intéressant de contempler de près ceux qui ont réussi ? On veut voir les gens qui comptent. D'ailleurs, on n'entend pratiquement parler ici que l'anglais et - nouveauté 2012 - l'allemand (29 galeries berlinoises). 

Dans un deuxième temps, on regarde les œuvres exposées. Le journal Le Monde assure que les foires d'art contemporain « n'aspirent à aucune cohérence, chaque galeriste montrant le meilleur de ce qu'il a ». Mais alors, pourquoi partout les mêmes artistes, appartenant tous à la fascinante liste des « 100 plus importants », établie d'après les données de la société Artfaxs par Le Journal des Arts? Là où Artprice se contente d'additionner les résultats en ventes publiques, Artfaxs multiplie les paramètres permettant de dire qui sont les artistes les plus « visibles ». Telle est la grande affaire pour un artiste : être parmi les plus « visibles » : les marchands de la FIAC se chargeront alors de les rendre encore plus visibles. « A celui qui a on donnera davantage, et à celui qui n'a rien on ôtera même ce qu'il a » dit l'Ecriture. Les marchands de la FIAC appliquent à la lettre le précepte biblique, de telle sorte que Lawrence Weiner, Anish Kapoor, Cindy Sherman, Gerhard Richter, Günther Förg, Anri Sala, Tony Cragg, Douglas Gordon, Thomas Hirschhorn, Carsten Höller... apparaissent dans de multiples stands. Le champion inattendu est sans doute Hans-Peter Feldmann qui est presque partout avec ses petites images. On admire ou pas, mais la cohérence commerciale de la « visibilité » est bien là. 

J'oubliais de signaler qu'au moins un français, François Morellet, 84e sur la liste du Journal des Arts, est assez répandu : chez Catherine Issert de Saint-Paul, Annely Juda Fine Art de Londres, Kamel Mennour de Paris, Pietro Sparta de Chagny... L'autre français « visible » est Buren (58e sur la liste), mais pourquoi diable Claudine Papillon de Paris, Massimo Minimi de Brescia ou Lisson Gallery de Londres veulent-ils vendre des souvenirs d'installations forcément in situ, l'artiste refusant par principe depuis toujours de fabriquer des objets pour le marché ? Qui est responsable de ces petits arrangements avec les principes ? Bref, si vous vouliez savoir qui est célèbre, reconnu, courtisé, il fallait aller vers la lumière de la FIAC. Si vous aviez en revanche la curiosité de savoir qui sont ceux qui ont été rejetés dans les ténèbres (les artistes qui ne sont pas sur la liste des 100 et les marchands recalés à la FIAC ou qui n'ont pas même osé poser leur candidature), vous pouviez entrer dans le long couloir d' ArtElysée le long des Champs. Leur vedette cette année était Robert Combas, qui apparaissait omniprésent, y compris dans le salon désert des VIP (mais pas sur la liste du Journal des Arts). Les marchands et leurs rares visiteurs ne parlaient pas anglais. Ils n'avaient pas non plus le sourire. N'appartient décidément pas au monde de l'art contemporain haut de gamme qui veut.

J.-L. C., 01-11-2012 

 

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 07:37

Le directeur de l'école des beaux-arts d'Avignon
suspendu de ses fonctions

LE MONDE | 21.09.2012 à 12h48
Par Harry Bellet

D'un commun accord, selon le quotidien La Provence, le préfet du Vaucluse, Marie-Josée Roig, maire d'Avignon, et la direction des affaires culturelles de la ville ont décidé, mardi 18 septembre, de suspendre Jean-Marc Ferrari, directeur de l'Ecole supérieure d'art d'Avignon, "dans l'intérêt du service, mais aussi dans son propre intérêt".

Jean-Marc Ferrari, 61 ans, à la tête de l'établissement depuis dix-huit ans, était l'objet depuis plus de trois mois d'une contestation de la part de certains de ses étudiants, qui allait au-delà de la simple fronde, puisqu'après l'éviction de quinze élèves, jugée arbitraire par le syndicat SUD Etudiant, plusieurs plaintes ont été déposées, révélait, en juin, le site Internet du Quotidien de l'art, pour harcèlement moral et harcèlement sexuel.
Il avait reçu le 10 septembre le soutien de l'Association nationale des écoles supérieures d'art (ANdÉA), qui n'a, semble-t-il, pas suffi. Pas plus que son départ ne règle les problèmes de l'école d'art, fragilisée par un déménagement destiné à laisser la place au déploiement des collections de la donation Yvon Lambert (Le Monde du 26 novembre 2011). La rentrée des étudiants, prévue le 1er octobre, a été repoussée d'une semaine pour permettre la tenue d'un conseil d'administration extraordinaire.

Harry Bellet© 2012 SA Le Monde. Tous droits réservés.
 
La Provence, 21 septembre 2012
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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 16:31

par Jean-Luc Chalumeau

MdA_manifeste.gifLe ministère de la Culture va changer de titulaire. D'où un espoir pour les artistes plasticiens, dont le moins que l'on puisse dire est qu'ils n'ont pas été l'objet de beaucoup d'attention de la part des officiels de la rue de Valois ces dernières années. C'est fort à propos que La Maison des Artistes, association agréée pour gérer les assurances sociales des artistes auteurs des arts visuels de la branche des arts graphiques et plastiques, publie un « Manifeste des arts visuels », résultat d'une consultation auprès de ses dix sept mille adhérents.

Ce manifeste comprend 15 revendications dont je retiens tout de suite la première, qui me paraît essentielle : Replacer l'artiste au cœur de l'expertise. Le manifeste constate un fait : « les artistes auteurs sont les seuls professionnels à être quasi exclus de l'expertise qui naturellement les concerne. Détenue par l'institution d'une part et par le marché d'autre part, cette fonction est aujourd'hui amputée du regard de l'ensemble des professionnels ». C'est clair, et parfaitement exact : dans les commissions concernant les artistes, leurs représentants (quand il y en a) sont minoritaires, et, surtout, nommés à l'initiative du ministère et non pas désignés par la communauté des artistes. Pourquoi, en l'occurrence, cette communauté ne serait-elle pas incarnée par la Maison des Artistes puisqu'il n'existe pas d'autre structure organique ?

Prenons un exemple particulièrement significatif : le Fonds National d'Art Contemporain est doté d'un budget annuel de 3 millions d'euros pour acheter des œuvres d'artistes vivants peintres, sculpteurs, photographes, vidéastes, designers etc. La Commission d'achat est composée de quatre officiels et de neuf « personnalités qualifiées » nommées par le ministère, réparties en sous-commissions spécialisées, avec des collectionneurs, marchands, critiques d'art, experts... dont seulement deux artistes. Que peuvent faire ces derniers, otages considérés comme « qualifiés » (en vertu de quels critères ?) par le ministère ? Ici, il n'est peut-être pas inutile que je donne un témoignage, car j'ai moi-même fait partie de cette Commission en 1984, et je crains que les choses ne se soient guère améliorées depuis vingt-huit ans.

J'avais été informé que je pouvais venir voir, pendant les trois jours précédant la réunion, les œuvres proposées par les artistes à l'achat du fonds. Je me suis retrouvé à La Défense, dans une réserve où s'entassaient les envois des plasticiens, soigneusement emballés. Aucun n'avait été ouvert ! Le jour de la commission, des œuvres étaient bien présentes dans la salle de réunion, toutes envoyées par des galeries (des grandes à dimension internationale et des jeunes « branchées ») et les quatre officiels du ministère étaient là. Personne d'autre, sauf le peintre Rougemont et moi. J'ai demandé à Rougemont, ancien membre, où étaient nos collègues : il m'a répondu avec résignation qu'ils ne venaient jamais. Nous avons donc assisté à l'achat, par les inspecteurs de la création, des pièces présentées par une demi-douzaine de galeries. Rougemont avait tout de même apporté une peinture d'un copain en détresse financière. Les officiels avaient bon cœur : ils prirent le tableau pour un petit prix. J'avais assisté, en moins de deux heures, au transfert d'à peu près un million et demi de francs des caisses de l'Etat à celles de galeries bien en cour. Aussi, comment ne pas approuver les artistes plasticiens quand ils écrivent en 2012 : « nous exigeons que la réalité de la représentativité des structures professionnelles d'artistes auteurs et de leurs représentants soit considérée dans les commissions statutaires, dans les commissions publiques, dans les débats, dans les groupes de réflexion installés par l'Etat ». Ce serait la moindre des choses, non ?

J.-L. C.chalumeau_02.jpg

 

P.S. La responsable du Bureau des Acquisitions au FNAC m'indique au téléphone que les « personnalités qualifiées » sont maintenant assidues aux réunions des sous-commissions. Dont acte. Mais il n'y a toujours parmi elles que deux artistes, choisis par le ministère, dont on ne peut d'ailleurs pas connaître les noms...

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 08:48

100_0421.JPGPour avoir osé mettre en cause, il y a 3 ans, le fonctionnement obscur du Marché de la Création de Lyon, Martha Melikian, jeune artiste peintre de la région lyonnaise, était-elle devenue le bouc émissaire d'une politique portant gravement atteinte à la liberté du travail et à la libre expression artistique? Face à plusieurs refus d'autorisation d'exposer sur le marché, devant le mur de silence des autorités gérantes du marché, elle n'a jamais lâché le combat qui aujourd'hui est arrivé à terme.

Deux ans après sa requête contre la Ville de Lyon pour dénoncer:

  1. ne pas faire les 1er et 2ème rappels bloquerait l'accès au domaine public alors qu'une grande partie des places reste, aujourd'hui encore, inoccupée sur le marché et qu'aucune distribution au rappel de ces places n'est faite,
  2. le règlement restrictif du Marché de la Création qui semblerait porter atteinte à la liberté du commerce (Décrèt d'Allarde, 1791) et à la libre expression artistique,
  3. la sélection opérée par la commission sur des critères totalement subjectifs, qui au fur des années se serait cru attribuer des compétences pour gérer l'espace public selon le bon vouloir de ses membres,

le Tribunal Administratif de Lyon a statué sur l'incompétence des signataires de la décision de refus. Comme le précise le Tribunal, ils se sont approprié systématiquement l'avis de la commission, qui, elle, n'a aucune compétence décisionnaire, mais uniquement un rôle consultatif. Se contentant de signer à l'aveugle, sans même voir le travail de l'artiste, ils ont "entaché leur décision d'une erreur de droit".

Et maintenant, que fera donc la Ville de Lyon, entachée de cette erreur de droit? La gestion de l'accès à l'espace public par une commission de sélection selon des critères esthétiques est désormais prouvée absurde. Comme nous l'avons maintes fois affirmé, le seul critère de jugement du statut d'artiste aujourd'hui est le critère administratif: l'inscription à la Maison des Artistes est nécessaire et suffisante pour la reconnaissance du statut d'artiste professionnel. Le Marché de la Création est un marché public qui se doit d'être entièrement occupé, tant qu'il y a des demandeurs en règle avec l'administration fiscale.

A suivre!

 

"Sens des conclusions et moyens ou causes retenus :
Annulation incompétence signataires ; erreur de droit à raison compétence indument liée par l'avis de la commission"
(audience publique du 25 janvier 2011)

Ci-après la notification officielle finale du Tribunal Administratif:

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tribunal3 001

tribunal4 001

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Dernier Week-End d'AÏNI à Lyon!
décrochage dimanche 18 mars 2012 à 17h

Espace Artichaut, 2 Place du Petit Collège 69005 Lyon
(Vieux Lyon - rue du Boeuf - Musées Gadagne)

ouvertures:
samedi 17 mars: 11h-13h et 15h-20h
dimanche 18 mars: 11h-20h

 

Autoportrait / Porte parole écrit / Renaissance...

 

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 11:41

Nous, Actuartlyon, malgré toutes les querelles et les chroniques que suscite cet art contemporain, nous reprenons ce que de grands noms ont pu dire ou écrire de l'art, qui nous semble être des approches pertinentes de ce que peut être l'art contemporain aujourd'hui. Les phrases qui suivent sont tirées du livre "Découvrir et comprendre l'art contemporain" d'Alain Bourdie.

image_62289558.jpg"Le new-yorkais Jean-Michel Basquiat rejette lui aussi toute forme de culture savante, d'académisme, de "beaux arts", pour puiser à la source dépréciée de "l'art des rues", à l'esthétique sauvage du graffiti.

Peindre, pour Jean-Michel Basquiat, ce n'est pas produire un brillant exercice de style, c'est céder à une urgence. C'est rendre visible par un alphabet personnel de signes, formes, textes, traces, sa présence incertaine et douloureuse au monde. La fracture est brutale, frénétique, généreuse aussi, mais nécessairement sacrilège à la bienséance artistique.

L'acte de révolte l'emporte sur le résultat esthétique. Des corps (ici le sien) brossés à la hâte, sans souci d'exactitude anatomique, sabrés, disloqués et chargés d'une énergie souvent terrible, agissent dans des espaces approximatifs et fractionnés. Le brouillage formel des compositions nous dit sans doute quelque chose du désarroi intérieur de l'artiste livré à ses fantômes et ses terreurs: le souvenir obsédant et traumatique d'un accident de la route à l'âge de 7 ans, l'abus de drogues dures dont il mourra prématurément à l'âge de 27 ans, ou encore et surtout les souffrances liées à sa condition d'artiste noir exclu. Le pseudonyme qu'il a choisi pour signer ses oeuvres en dit long à lui seul sur l'esprit dans lequel se trouve Jean-Michel Basquiat: SAMO (same old shit).

L'impact de vérité qui se dégage de ces toiles souvent immenses (et par ailleurs d'une grande richesse palstique) est tellement puissant que le spectateur peut s'en trouver physiquement destabilisé, ébranlé sur ses bases artistiques et humaines."

 

IMAG0064.jpgPhilippe Aïni, destin surprenant, commence sa carrière à peu près au moment où Jean-Michel Basquiat disparaît. Et Aïni nous déclare "être créateur, c'est remuer le monde, cela se fait dans la souffrance, ce n'est jamais facile". C'est à New-York que Aïni, un  jour, se mit à faire des signes: "il faut que je crée un discour, ma propre langue, des images de surface recouvertes de signes sont apparus". Autodidacte, Aïni, n'ayant aucune formation artistique, refuse la culture imposée, et il dit "la création, c'est entendre pousser ses poils, c'est-à-dire s'écouter et faire, réinventer le croire."

Etonnante déclaration de Jean-Michel Basquiat sur sa manière de concevoir la création, étonnant discours de Philippe Aïni quelques années plus tard! Alors qu'est ce que l'art comtemporain ? Un cri ? Ou un regard différent, porté sur ce monde qui nous dépasse ? A vous d' en juger !!!

 D'ailleurs à l' Espace Artichaut, 2 PLace du Petit Collège 69005 Lyon (Vieux Lyon - rue du Boeuf - Musées Gadagne) nous vous invitons à venir vous confronter jusqu'au 18 mars à cette approche de l'art contemporain, durant les deux expositions qui présentent le travail de cet artiste absolument unique.    

 

  • Première rétrospective hors normes :
    Le pape de l’art singulier à Lyon : Louis Chabaud, 50 ans de création hors normes !
    avec Philippe Aïni, oeuvres 1998-2009

    Exposition du 1er au 26 février 2012
    COMMUNIQUE DE PRESSE

 

  • Après Hambourg, avant Berlin et New York, escale à Lyon!
    Philippe Aïni, le sculpteur à la bourre à matelas : œuvres récentes 2006-2011

    Exposition du 28 février au 18 mars 2012
    vernissage le samedi 3
    mars 2012 à partir de 18
    COMMUNIQUE DE PRESSE

 

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 18:36

La lettre hebdomadaire de Jean-Luc Chalumeau 

chalumeau_01.jpgDans ma lettre du 16 décembre: La culture pour tous est-elle une priorité pour ceux qui nous gouvernent?, je déplorais l'amputation de la subvention de l'Orchestre National de l'Île de France, y voyant une preuve inquiétante du fait que, au motif de la crise, le secteur culturel, irremplaçable facteur de lien social, a cessé d'être une priorité pour le gouvernement (s'il l'a jamais été) et je me faisais l'écho d'une solution aux problèmes posé par ladite crise, proposée par l'excellent économiste Jacques Sapir. Il se trouve que l'une de mes lectrices, connaissant un membre du cabinet du Premier Ministre, a envoyé mon texte à Matignon et m'a fait part de la réponse obtenue. Il me semble que cette dernière mérite d'être citée quasi intégralement : « J'ai vérifié concernant l'orchestre d'Île de France. L'information est exacte et l'opération sera étalée sur 4 ans. En 2012, l'orchestre d'Île de France devrait avoir 175.000 euros en moins. Nous soumettons toutes nos administrations à une cure de rigueur effectivement désagréable. Mais avons-nous le choix ? » Ce « avons- nous le choix ? » est terrifiant : il rappelle la doctrine dite TINA tristement illustrée dans les années 80 en Angleterre par Margareth Thatcher, aux Etats-Unis par Ronald Reagan et en France par Edouard Balladur.

TINA : autrement dit, There Is No Alternative. Après les « trente glorieuses », les méthodes keynesiennes s'essoufflaient et la Dame de Fer, suivie par ses deux disciples, avait décidé de fermer les industries devenues non rentables (les mines de charbon en particulier) et de changer la répartition du PIB de telle sorte que les actionnaires reçoivent désormais plus et les salariés moins. Ces derniers, s'ils voulaient maintenir leur niveau de consommation, n'avaient qu'à emprunter à des taux usuraires. Ce qu'ils firent. De toute façon il n'y avait pas d'alternative. Ils le firent si bien que la crise dite des subprimes éclata en 2008, menaçant d'effondrement un système bancaire international reposant sur une montagne de dettes souscrites à la base par des ménages insolvables. On se souvient que les banques furent sauvées, sauf une : Lehman Brothers, parce que M. Paulson, secrétaire au Trésor et ancien PDG de Goldman Sachs (son ennemi héréditaire) en décida ainsi, avec les conséquences désastreuses que l'on sait. Depuis 2008, nouvelle formule TINA : les dettes souveraines étant devenues excessives, on réduit les dépenses, notamment de protection sociale, et on augmente les impôts (ceux des contribuables lambda, pas ceux des banques, évidemment). « Avons- nous le choix ? » demande innocemment le technocrate de Matignon.

Eh bien si, nous pourrions avoir le choix, comme l'a expliqué Jacques Sapir. Mais sa solution ne saurait être jugée crédible par les gens sérieux qui, au sein des directions des grandes banques comme dans les cabinets ministériels, jugent et tranchent. Je me souviens du dédain, du mépris absolu, manifesté par des banquiers de ma connaissance lorsque Lula devint président du Brésil. Quoi ? Un trotskyste, un syndicaliste, un pauvre type dont on se demande comment la mère, abandonnée par son père avec huit enfants, a pu survivre ? Comment cet idéologue borné pourrait- il mener son pays en crise à autre chose qu'une catastrophe ? On sait ce qu'il est advenu du Brésil grâce à l'habileté et au courage de Lula. Je me souviens aussi d'une émission de France Inter à laquelle je participais il y a peu en compagnie d'Arnaud Montebourg. J'ai admiré le calme avec lequel il encaissait les critiques idiotes de deux péronnelles qui n'aimaient pas son dernier livre, et j'ai retenu cette formule de lui : « Aujourd'hui les plans d'austérité sont pour la population et les plans de soutien pour les banques. Je propose l'inverse. » Ridicule, répondent les adeptes du « avons- nous le choix ? » dont le confort intellectuel n'est guère perturbé par le député de Saône-et-Loire. Leur chance, c'est qu'aucune personnalité de réelle envergure, celle d'un véritable homme d'Etat, ne soit en mesure d'imposer aujourd'hui les thèses d'un Sapir. Je lis dans les journaux que les Français, inquiets et écoeurés, ont la nostalgie du général de Gaulle. Non sans d'évidentes raisons.

 

J.-L. C. 29-12-2011

http://www.visuelimage.com/

 

Réquisitionnons les banques centrales!
par Jacques Sapir, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHES)
(Le Monde 1er décembre 2011)

 

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 10:11
 

Procès de l'art contemporain

 

Une nouvelle querelle ou un simulacre? Pour faire le procès de quelqu'un ou quelque chose faudrait-il encore pouvoir en établir la définition. Peut-être fera-t-on plus le procès de l'institution et des acteurs que de l'art contemporain lui-même.

Comment définir aujourd'hui l'art contemporain si ce n'est par la création artistique d'aujourd'hui? Il semblerait que le seul moyen pour certains de s'approprier sa définition, est de lui donner une reconnaissance, de le sacraliser en l'exposant dans de pseudo musées d'art, dit contemporain, et de permettre aux quelques acteurs, une cinquantaine tout au plus dans le monde, de faire de juteux bénéfices sur le dos de quelque chose qui n'existe pas, l'art contemporain. Posons-nous la question: si l'art est l'empreinte des civilisations sur Terre, doit-on laisser une élite désabusée, ne sachant que faire de ses fortunes, de faire de l'argent pour de l'argent, de s'approprier un art dit contemporain dans le seul et unique but de le rendre inaccessible financièrement et intellectuellement à ceux qui tous les jours constituent le monde? Peut-on définir l'art contemporain comme tel, c'est-à-dire, une valeur en milions d'euros (plus il y a de zeros plus, c'est contemporain)?

Soyons lyriques. Comme la dune dans le désert est balayée par le vent, elle disparaît et se reforme inexorablement, l'art contemporain est balayé par le temps qui passe et se reconstruit lui aussi sur d'autres formes. Et comme la dune est constituée de miliards de grains de sable, l'art contemporain lui aussi est consitué de toutes ces oeuvres, ces artistes, qui depuis les origines du monde, laissent une trace. L'art existe aujourd'hui, l'art contemporain existera demain, après-demain...

 

Le procès de l'art contemporain

Le Barreau de Lyon organise avec Veduta/Biennale de Lyon le procès fictif de l'art contemporain. Thierry Raspail, directeur du macLYON et directeur artistique de la Biennale de Lyon, est dans le banc des accusés, défendu par son avocat Me Roksana Nasezadeh face à Me Guillaume Douillard.


Alors, pour ou contre l'art contemporain ? Venez vivre en direct une performance vérité !

Vendredi 2 décembre 2011 à 18h
A l'occasion de la rentrée solennelle du Barreau de Lyon

Hôtel de Région, quartier de la Confluence
1 esplanade François Mitterrand, Lyon 2e
Entrée libre

 

 

 
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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 22:38

plume41.jpgSuite à notre dernier article "Trop d'art tue l'art?", qui a réuni toutes nos expériences, lectures et constats sur le monde de l'art depuis 4 ans, avec plus de 700 visiteurs uniquement sur cet article, nous avons eu de nombreuses réactions, dont nous aimerions partager quelques-unes, autant d'angles différents pour considérer l'art. Nous invitons d'ailleurs tous nos lecteurs possesseurs d'un compte Facebook, de répondre à notre questionnaire à 4 choix de réponse qui se trouve sur notre page.

 

plume41.jpgArt, sociologie et spiritualité

MG: Ne pas confondre l'Art avec les événements sociologiques qui nécessitent moult littérature explicative. l'Art est silencieux, reconnaissable par l'oeil intérieur averti que n'ont pas les gens pressés et dispersés d'aujourd'hui... Quant au Business Art, il s'agit d'une autre face du matérialisme ambiant qui n'a rien à voir avec la spiritualité inhérente à la création.

Actuartlyon: L'art n'est pas seulement un évènement sociologique, mais l'art est sociologie. Il n'y a pas de société (au sens civilisation) sans art. Au fil de l'histoire de l'humanité l'art a cristallisé l'histoire, les dogmes religieux et les rapports sociaux entre les individus à chaque époque. Nous pouvons "lire" par exemple sur les vases grecs l'activité sociale dans la Grèce antique, tout comme au Moyen Age les codes iconographiques prévoyaient toujours la représentation des mécènes dans la fresque même, tenant dans la main l'église. Aujourd'hui une grande partie du discours artistique contemporain est inspiré par les évènements politiques et sociaux dans le monde. Yves Michaud parle même de l'art comme "le ciment social" dans les sociétés occidentales, au même titre que la doctrine religieuse dans les sociétés islamiques, par exemple. L'"oeil intérieur averti" n'est apparu qu'en 1750 avec le discours esthétique, avec l'apparition de la critique avec le développement des Salons de peinture, et ensuite le concept de l'"art pour l'art" sans utilité en soi. Pas besoin d'avoir un oeil averti pour reconnaître de l'art. Le mot "spiritualité", opposé à "matérialité" n'est pas, il me semble, même en fouillant son étymologie, rien à voir avec la création artistique. Tout acte créatif aboutit à une oeuvre collective, alors que la spiritualité est un concept individuel, donc intime. L'acte créatif émane d'une sensibilité, d'une pulsion incontrôlée, presque schizophrène, alors que la spiritualité, qui vient de l'esprit, se réfère à l'intellect, à l'intelligible et souvent à Dieu. Enfin l'aboutissement de l'acte créatif est tangible et non abstrait, en d'autres mots rien de plus matériel qu'un tableau.

MG: Merci de votre prompte réponse argumentée. Je profite d'un instant de liberté pour continuer le dialogue. L'art à mon sens n'est pas sociologique, mais historique, car l'histoire de l'art est ce qui reste, souvent en témoignage des grands événements, non anecdotiques, de l'humanité : les religions et leurs péripéties, les guerres, les découvertes et les transformations industrielles (arrivée du machinisme, de la photographie, de l'électronique...). Comme les scientifiques, les artistes ont des intuitions en rapport avec les quêtes de l'humanité, ce qui fait l'universalité de leur reconnaissance. Nul besoin dans ce cas de discours didactiques à l'appui. Bien sûr, des écoles de suiveurs existent autour d'un chef de file, mais on ne peut pas parler d'Art collectif. D'accord avec la sensibilité, la pulsion quasi schizophrène de la création, mais si vous dîtes que toute création est collective, cette collectivité serait donc elle-même schizophrène ?...................... La société à qui échappent les événements qui feront l'histoire (c'est on ne peut plus vrai aujourd'hui) ne peut qu'évaluer la force du témoignage de l'artiste, et encore a posteriori, en considérant l'étendue, le rayonnement, la constance et la spiritualité (oui) d'une oeuvre créatrice.

Actuartlyon: Oui, l'art est historique parce qu'il fait partie justement du contexte social d'une époque, et fait l'objet d'étude, entre autres, de l'histoire de l'art, mais à mon sens l'art ne parle pas seulement d'histoire, mais aussi des relations sociales, politiques et économiques d'un certain territoire à une certaine époque. Pourquoi d'ailleurs des sociologues, comme Habermas ou Raymonde Moulin, se seront-ils penchés sur l'étude de l'art et de sa fonction, en créant la sociologie de l'art? Quant j'écrivais que l'acte créatif aboutit à une oeuvre collective, j'aurais peut-être dû préciser "oeuvre destinée à la collectivité", c'est à dire partagée, non pas "créée par un collectif" comme vous semblez l'avoir compris. L'art est un moyen d'expression parmi d'autres et il est d'autant plus fort lorsque les autres moyens font défaut. A quoi servirait l'expression sinon comuniquer avec son prochain son expérience? Si l'"histoire future" échappe à la société du présent, et je suis bien d'accord, de quel témoignage s'agit-il? Des témoignages passés d'artistes visionnaires? Je pense qu'apprendre des erreurs du passé, c'est comme ça que je comprends votre idée, est encore moins vrai dans le champ de l'art. Parce que les grands artistes visionnaires ne seront consacrés comme tels qu'après leur mort, parce que justement il font partie de l'histoire, du passé, et le culte du passé est sacré.

 

plume41.jpgLa crise du pouvoir d'achat

HG: .... pfffff ... Solution: >>> remettez le Francs aux Français, à la place des €uros pourris qu'on nous a donné , ..et vous verrez si les ^crises en tous genres^ ne deviennent pas ......... abstraites! Les gens en ont marre de ne pas pouvoir s'acheter une oeuvre qui leur plait, autant qu'un artiste est dégoûté de voir 1 tube de peinture à 10Frs passer à 5€50. En revanche: Ceux qui ont les moyens de s'en payer marchanderont sur des oeuvres d'artistes EXCEPTIONNELS à des prix ...sacrifiés, tout en fluctuant INDIFFÉREMMENT sur des valeurs insignifiantes. Moralité: ce n'est pas la quantité qui tue l'art mais la qualité en souffrance d'égards....

Actuartlyon: Bonjour HG, La crise française du pouvoir d'achat, oui, touche l'art, nous avons pu le constater nous mêmes, Actuartlyon, en tant qu'organisateurs d'expositions, heureusement que nous nous sommes engagés dans cette voie par passion et nous n'avons pas la pression de la vente, de la rentabilité, et je comprends bien le déssaroi des artistes, ce pourquoi j'ai rédigé l'article en cause. Le but de mon analyse est d'interpeller les lecteurs sur la crise de la FONCTION de l'art, qui date de bien plus longtemps que cette dernière crise économique. Car la grande majorité des anonymes préféreront s'acheter sans état d'âme des baskets Lacoste à 150€, une paire de jeans Levis à 200€, un carré Hermès à 250€, un Iphone ou une tablette à 700€, un écran plasma à 1500€ et la liste peut continuer... - autant de signes INUTILES de richesse et de pouvoir éphémères parce que la mode change et parce que dégradables - à la place d'un tableau, qu'il ne pourra montrer à son entourage que dans l'intimité de son appartement: on ne porte pas son tableau sur le dos quand on va au bureau. L'idée de l'unicité, la rareté, la valeur patrimoniale de l'art est déjà obsolète ("un bien rare, durable, qui offre à son détenteur des services esthétiques (plaisir esthétique), sociaux (distinction, prestige), et financiers" - Raymonde Moulin). Quant à la "qualité en souffrance d'égards", elle découle inévitablement de tous ce que nous avons exposé plus haut, y compris de la saturation du marché par l'explosion de l'offre, qui noie les vraies valeurs. Ceux qui voudront aquérrir une oeuvre, auront par contre besoin d'être rassurés, ils feront plus facilement confiance à une galerie parce qu'ils auront un label reconnu par la communauté, ils diront: "Je l'ai acheté à la FIAC" ou "Je l'ai acheté chez...".

 

plume41.jpgL'art à petits prix

MM: Je ne suis pas d'accord avec le fond de cet article, trop d'art ne tue pas l'art... il existe maintenant de nombreux moyens pour les foyers moyens d'acceder à l'art sans depenser necessairement une fortune... de nombreuses galeries mettent à disposition du plus grand nombre des objets d'art uniques et "beaux" à des prix abordable... quand à la valeur réelle de ce type d'investissement, on sait bien tous qu'il s'git d'un pari sur la valeur quotée de l'artiste dans le futur... des galeries de type carré d'art qui vendent des oeuvres à prix fixe en fonction du format ne se seraient pas autant étendues en europe et aux us dans ce contexte de crise si elles ne trouvaient pas un vrai marché... pour moi ceci étant dit, je pense que l'argent et le business ou la starisation dont vous parlez ont detruit l'art tel qu'il existait autrefois, et le concept d'artiste pleinement crée par Picasso il y a un siecle ont defloré la vraie valeur de l'art qui résidait plus dans l'effort, les heures de pratiques, l'acquisition d 'une technique maîtrisée que dans la peopolisation de tel ou tel artiste, cf célèbre discours sur l'artiste du chorégraphe Maurice Bejart...

Actuartlyon: Nous sommes bien d'accord, il existe des moyens divers qui mettent des tableaux à disposition du plus grand nombre, et les boutiques d'art comme Carré d'Artistes en font partie, nous en avons parlé sur Actuartlyon il y a deux ans déjà dans Carré d'Artistes, la boutique d'art par excellence. Nous avons bien précisé "boutique d'art" et non pas "galerie", parce que lorsqu'il est demandé aux artistes de produire un certain nombre d'objets d'un certain format, il s'agit, à notre sens, plus d'une forme d'artisanat, qui consiste à répéter une technique en changeant de format. En plus le carré est une forme géométrique parfaite, très décorative et modulable en polyptiques, qui s'accorde parfaitement aux tendances actuelles, c'est ce qui fait que ça marche! La "valeur quotée" dont vous parlez est selon nous la véritable source de la "peopolisation" de l'art, car la cote des artistes dépend de trop de paramètres extérieurs à l'oeuvre elle même: le critère historique, le CV, la fortune de l'artiste, les enchères qui peuvent être intentionnellement faussées... Pour nous, la vraie valeur de l'art est l'émotion du spectateur. Les heures de travail et l'effort sont invisibles pour le spectateur et même avec une technique maîtrisée l'oeuvre peut passer inaperçue. La valeur dont vous parlez est seulement la valeur de l'artiste, alors que le prix est une sorte de négociation silencieuse entre l'artiste et son public. 

 

plume41.jpgLes galeries subventionnées vs galeries indépendantes

Mireille Duparc: Malheureusement votre article n'étant pas signé, je ne sais à quel(s) individu(s) je m'adresse... Vous écrivez : "vendre à des prix supérieurs à 2000€ n'arrive plus que dans quelques galeries, qui ont réussi à pérenniser leur activité, à fidéliser et surtout à renouveler d'un côté leurs fichiers de collectionneurs et de l'autre leurs écuries d'artistes." Vous oubliez là de considérer que nombre de galeries à Lyon sont en réalité des lieux soutenus par des fonds publics (subventions, achats d'oeuvres, etc), à l'insu du contribuable moyen. Cette proximité avec le pouvoir local leur assure les bons soins des médias. La concurrence est alors particulièrement inéquitable pour les galeries indépendantes.

Actuartlyon: Bonjour Mireille, Derrière tous nos articles qui ne sont pas signés, la grande majorité des publications notamment, il y a les rédacteurs en chef d'Actuartlyon, Eliza Ploia et Signorino Leonardi, collectionneurs et organisateurs d'exposition par ailleurs. Sinon nous précisons toujours l'auteur: nous avons eu des publications de Nicole Esterolle, de Jean-Luc Chalumeau, des courriers de lecteurs. Il est vrai que la gande majorité de lieux de diffusion artistique ont besoin de ces subventions, sinon ils ne survivent pas, nous l'avons mentionné dans la première partie de notre article. Et c'est là le vrai drame, car ils en ont besoin parce que l'activité de vente est tellement restreinte qu'il se montent depuis des années des "centres d'art" qui refusent de s'appeler "galeries", car ils font que de l'exposition sans vendre, totalement subventionnés. Mais effectivement ce serait le sujet d'un article, à part...

 

arttuepasL'ART TUE PAS! Isabelle Trichelieu, artiste lyonnaise, nous propose "un geste artistique" à la portée de tous: Vous croisez un fumeur ? Pourquoi ne pas lui emprunter son paquet et glisser entre la cellophane et le carton ce message "̈l’art tue pas"? Quand vous posez le paquet, posez-le du bon côté. Chaque pochette contient 5 messages "l’art tue pas". Format : 5 x 7 cms. 9 mises en couleur différentes. "l’art tue pas" est présent pendant la Biennale d’Art Contemporain de Lyon (15 sept au 31 déc 2011) dans les boutiques de la Sucrière, du Musée d’Art Contemporain de Lyon, du Musée d’Art Moderne de Saint- Etienne pendant la Biennale d’Art Contemporain (du 15 septembre au 31 décembre 2011). Pour plus d'informations: Isabelle Trichelieu 04 72 30 73 94 / 06 86 86 00 04 trichelieu.isabelle@wanadoo.fr

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 08:18
    
Du côté de la DEMANDE...
oeilnbTout est fait donc, dans ce marché saturé, pour la souveraineté du consommateur. Même si ce dernier a une notion très affirmée de ses goûts esthétiques et sa propre définition de l'art, souvent caractérisée par l'emploi du mot "beau", il n'a pas la notion de valeur de l'objet d'art et il se replie sur les références stéréotypées construites par les médias. Alors qu'il a une notion du prix de tout objet du quotidien, les seuls repères dans l'art sont l'art "ancien" (avant les années 1950) dont il a l'idée vague que "c'est cher". Cette idée, seule image sur l'art véhiculée par les médias grand public, est extrapolée à toutes les productions artistiques: "l'art, c'est cher!".
 
Mais que veut dire "cher"? La valeur d'un objet peut être définie de deux manières: soit basée sur le concept d'utilité des biens dérivée de la satisfaction des besoins (Aristote), soit sur la valeur-travail fondée sur la quantité de travail, incorporée dans la fabrication du bien (Adam Smith, Karl Marx). Si au Moyen Age le prix d'une oeuvre était établi en fonction du prix des matières nobles utilisées à sa fabrication, lesquels étaient assez rares, l'abondance et l'accessibilité des matériaux plastiques disponibles de nos jours font que si l'on employait la même règle, tous les objets auraient, à technique similaire et à format égal, presque le même prix. Pourtant aujourd'hui l'art ne semble obéir à aucun de ces principes.
 
Alors, pourquoi acheter une oeuvre d'art? D'autant plus que l'art ne fait pas partie des signes extérieurs de pouvoir, comme peuvent être des lunettes Channel, un sac Vuitton ou une montre Rolex, sauf dans les hautes sphères de riches gens pour lesquels seul l'objet unique excessivement cher - l'objet d'art - peut encore faire la différence. Pendant ce temps le grand public se tourne vers d'autres formes de culture, préférant écouter de la musique, aller au cinéma, voir même une pièce de théâtre que visiter une exposition d'art, encore moins acheter une oeuvre. Pire encore, des individus, que nous avons rencontrés personnellement, installés dans des postes d'animation culturelle dans des établissements publics, nous ont avoué qu'ils n'avaient jamais acheté d'oeuvres d'art à titre personnel! D'ailleurs pour un public qui a une forte culture du musée - qui lui aussi, avec l'industrie du disque ou du cinéma, fait partie de l'industrie de la culture - l'envie de posséder de l'art est neutralisée par la satisfaction de payer son entrée et jouir pendant quelques heures d'innombrables oeuvres d'art à la portée du regard. La concurrence des loisirs est donc rude.  
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Chers lecteurs, nous savons déjà ce que tout le monde nous dira, les réponses toute faites qui voudront minimiser les dégâts. Aujourd'hui valoriser la production artistique uniquement comme oeuvre unique est totalement utopique, puisque le côté fait main est devenu d'une banalité évidente. Comme dit le philosophe Yves Michaud, aujourd'hui nous sommes de passifs témoins du triomphe de l'esthétique (émissions déco, chirurgie esthétique, packaging, design...): "C'est fou comme le monde est beau!". D'autres qui voudront valoriser l'art comme investissement choisiront toujours les artistes morts ou presque, ou alors devront se contenter d'attendre cent ans pour espérer faire une plus value. Et aujourd'hui vendre à des prix supérieurs à 2000€ n'arrive plus que dans quelques galeries, qui ont réussi à pérenniser leur activité, à fidéliser et surtout à renouveler d'un côté leurs fichiers de collectionneurs et de l'autre leurs "écuries d'artistes".
 
Ou alors, peut-être espérez-vous, chers artistes, croiser un beau jour le chemin d'un aimable mécène... Depuis François Ier et Louis XIV, résultante de l'histoire politique et religieuse propre à chaque nation, quoi qu'on puisse penser, le mécénat n'est pas une action sans contrepartie, en échange de ses bienfaits le mécène fait un pari sur son image publique. Devenu aujourd'hui une usine à gaz clientelliste, qui fait jouer la fiscalité et surtout des personnes morales (entreprises, fondations), le mécénat culturel reste une question abstraite à large échelle.
 
Tant qu'il n'y aura pas un vrai système culturel qui parlera d'art et pas seulement en termes financiers, comme il y a des émissions sur la littérature, des critiques de cinéma et de musique, les arts plastiques resteront l'apanage des musées ou des cercles fermées de riches investisseurs et l'à priori que "l'art c'est cher" éloignera de plus en plus le public des arts plastiques. Et tant que les médias grand public ne s'intéresseront qu'à l'aspect spectaculaire et marchand de l'art, ce que nous appellerons ici "le processus de STAR-isation", l'art touchera de moins en moins d'individus, lesquels continueront à "se fournir" en posters joliment encadrés chez Ikea, et les artistes, tout en essayant de s'adapter au marché, n'arrêteront pas de se plaindre de la crise.
 
Trop d'art tue l'art? (première partie)
Réactions de lecteurs: Parole à vous!

  • Références:
    Raymonde Moulin, L'artiste, l'institution et le marché (1997), Le marché de l'art. Mondialisation et nouvelles technologies (2003)
    Anne Coquelin, L'art contemporain (2009)
    Yves Michaud, La crise de l'art contemporain (1997), L'art à l'état gazeux. Essai sur le triomphe de l'esthétique (2009)
    Les peintres, le Salon, la critique, 1848-1870, Musée d'Orsay, 1998
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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 19:07

point-d-interrogation_7692_w300.jpgAu-delà des querelles esthétiques et des divisions manichéennes entre beaux arts et art contemporain, au-delà des polémiques rhétoriques qui, par leur nature même, restent à l'état de questionnements abstraits, si nous parlions tous simplement de l'état actuel de l'art tout court? Nous arrivons, au bout de quatre années d'expériences variées dans le monde de l'art français - qu'il s'agisse de rencontres de galeries ou d'artistes, d'organisations d'expositions, ou de combats pour la liberté d'expression artistique - au constat que oui, il y a une crise, qui a plusieurs sources et diverses conséquences. Cette crise est redoutée et ressentie surtout par les artistes d'expression plastique, appelons-la traditionnelle, n'ayant pas, ou trop peu, le soutien des grandes structures culturelles qui sont plutôt axées sur l'art dit "contemporain" et soutiennent ceux qui sont déjà soutenus. Mais elle n'est pas une crise de l'art, mais une crise du marché de l'art.

Plusieurs niveaux du marché de l'art existent et nous les avons exposés dans un article précédent "ART-naque, quel prix - quelle oeuvre?". A l'intérieur de chaque niveau du marché, les acquisitions d'oeuves d'art ne sont pas déclenchées par les mêmes motivations: les richissimes acquéreurs investissent dans l'unicité d'un objet vendu à des millions d'euros, les collectionneurs connaisseurs pointus cherchent l'objet rare qui valorisera leurs collections, quant à l'amateur d'art motivé par l'émotion devant une oeuvre, il devient acquéreur souvent par hasard et par coup de coeur.

Le niveau qui nous intéresse dans cet article est ce tout dernier, parce que c'est la part de marché la plus fluctuante et parce qu'il nous touche au plus près. Comme tout marché, il obéit lui-aussi aux principes économiques de base, c'est-à-dire le rapport entre l'offre (la quantité de tableaux) et la demande (les possibles acquéreurs). La question qui se pose aujourd'hui: alors que les artistes ont besoin "d'écouler leur stock" régulièrement, les possibles acheteurs sont-ils toujours éveillés à l'envie de posséder un objet d'art?

 

Nous vous livrons ici nos analyses, en commençant par l'OFFRE.

Chaque nouvelle rencontre avec le grand public nous fait constater au quotidien que l'art est devenu un élément familier, même familial. Dès que le sujet se présente, nous apprenons chaque jour que tout le monde connaît "quelqu'un qui peint". D'ailleurs tout le monde peut librement prendre des cours d'arts plastiques, d'autant plus que d'autres artistes, plus ou moins chevronnés, à défaut de réussir à vendre leurs créations, trouvent dans les cours qu'ils dispensent une source de revenu régulier (ne serait-ce pas se tirer une balle dans le pied?). Les écoles de beaux arts, d'arts plastiques, de design, produisent elles aussi plusieurs milliers d'artistes par an, autant d'individus qui peuvent grossir les rangs des demandeurs d'emploi l'année suivante.

Par ailleurs, l'évolution du statut de l'artiste, permet facilement, sur une simple présentation de dossier, de devenir artiste du jour au lendemain, sans même avoir besoin de formation particulière, puisque aujourd'hui seul le critère fiscal (l'inscription à la Maison des Artistes) définit son activité. De plus, pour la majorité des assujettis ("soumis aux cotisations et non assurés sociaux au titre du régime", générant un "bénéfice annuel inférieur 900 fois la valeur horaire moyenne du SMIC") l'activité artistique n'est que adjacente, ils ne vivent pas de leur art, mais de leur activité principale.

    Maison des Artistes
Effectif des artistes en début d'activité (non cotisants)
inscrits au fichier recensement pour l'année 2009: 

Hommes 2132
Femmes 2290
Total 4422


Effectif des artistes cotisants:

  Affiliés Assujettis Total
Hommes 13613 12477 26090
Femmes 9462 12910 22372
Total 23075 25387 48462


Pour palier à cette profusion d'artistes sur le marché, en besoin d'exposition, myriades de galeries et lieux diffusion se montent chaque année, qui, sans être subventionnées, ne résistent pas plus de 3 ans. Mieux encore, les artistes, en tout genre, devienent eux-mêmes leur propres galeristes, en ouvrant un pas de porte, une galerie-atelier, ou en organisant des opérations ponctuelles dans des lieux qu'ils louent.

La multiplication des moyens technologiques et, par cela, celle du nombre d'artistes et des oeuvres produites depuis 1850 a été vertigineuse, du fait de l'abolition successive des académies et grace aux révolutions esthétiques: déjà en 1850 on estimait à 200.000 le nombre d'oeuvres produites pas an par 3000 peintres établis à Paris et 1000 autres en province... Serions-nous encore aujourd'hui en présence de la rareté de l'objet d'art? C'est évident que non, dans l'ère de la reproduction et du tout numérique. L'art "industriel" introduit sur le marché des quantités d'objets fabriqués plus ou moins à la chaîne, dans des ateliers chinois ou de simples reproductions sur toile, qui alimentent les magasins de décoration-bricolage ou les boutiques d'encadrement, les sites de vente en ligne comme Ebay, ce que Raymonde Moulin décrit en termes d'"univers infra-artistique":

  • "Aujourd'hui comme hier, et dépit du développement des moyens de reproduction, il existe un marché où se négocient les formes les plus humbles de la production picturale. C'est le marché des tableaux interchangeables, produits d'un artisanat conventionnel et figé que l'unanimité des acteurs culturels, quel que soit le monde de l'art auquel ils appartiennent, rejette en dehors de l'univers de l'art. [...] Les thèmes s'inspirent des genres en vogue dans les chromophotographies du XIXe siècle [...]: marines bretonnes et vergers normands, maisons québéquoises ou savoyardes, chasses à courre, couchers de soleil à Venise ou à Montmartre, bouquets de fleurs, visages d'enfants, nus de femmes, scènes animalières...".

 

Trop d'art tue l'art? (suite): Du côté de la DEMANDE...
      


  • Références:
    Raymonde Moulin, L'artiste, l'institution et le marché (1997), Le marché de l'art. Mondialisation et nouvelles technologies (2003)
    Anne Coquelin, L'art contemporain (2009)
    Yves Michaud, La crise de l'art contemporain (1997), L'art à l'état gazeux (2009)
    Les peintres, le Salon, la critique, 1848-1870, Musée d'Orsay, 1998

 

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